Les dirigeants des grandes entreprises américaines ont fait savoir qu'ils en avaient assez de l'attitude du Président Trump et ont décidé de saborder deux comités consultatifs sur lesquels plus de trente d'entre eux avaient accepté de siéger à l'invitation du nouvel occupant de la Maison-Blanche l'hiver dernier.



Bien que le président annonçait la dissolution de ces forums, plusieurs sources confirmaient que la décision de se saborder avait déjà été prises par la majorité des membres.

Mais une fois de plus, devant un échec embarrassant pour le président, la Bourse n'a pas bronché sur le coup. Ce n'est que le lendemain que le S&P 500 accusa un recul de 1,5 %, alors que le monde devait à nouveau faire à un attentat terroriste, cette fois en Espagne.

Serait-ce que les agissements du président n'ont plus aucun impact sur la scène financière ?

«Les marchés et les dirigeants d'entreprise comprennent que le président n'en mène pas large», répond François Dupuis, économiste en chef chez Desjardins. «À bien des égards, la machine marche toute seule et l'attitude chaotique du président a peu d'effet», dit-il.

Ce qui importe pour les investisseurs de ce qui émane de Washington, ce sont les promesses de déréglementation et de baisses d'impôts, explique un gestionnaire de portefeuilles d'une importante firme montréalaise qui préfère garder l'anonymat. Bien que peu de progrès n'aient été réalisés à ce chapitre jusqu'à maintenant, il semble que les investisseurs n'aient pas encore perdu espoir, selon lui.

Sur les marchés financiers, on ne se préoccupe plus du président, constate Jared Dillian, éditeur du blogue financier The 10th Man. «Le président Trump a très peu de crédibilité», dit-il. Il rappelle que Hillary Clinton avait causé une chute importante du secteur pharmaceutique en Bourse lorsqu'elle avait dénoncé les hausses de prix des médicaments durant l'été 2016. Contrairement, lorsque Trump s'est attaqué au président de Merck, Kenneth Frazier, parce que celui-ci avait critiqué en début de semaine sa réaction au drame de Charlottesville, le titre de la pharmaceutique n'a pas du tout été affecté.

Toutefois, des écueils importants pouvant affecter dramatiquement les marchés financiers se trouveront sur la route du président au cours des prochains mois, et il devra y faire face adéquatement.

D'abord, la réforme fiscale. Va-t-elle se concrétiser ? «Elle n'a pas plus de 30 % de chances d'être adoptée, peut-être même moins», estime Jared Dillian. C'est cette promesse de Trump qui explique toute la hausse du marché boursier depuis l'élection, selon lui.

De plus, d'ici quelques mois, le gouvernement devra voter un relèvement du plafond d'emprunt sinon il fera face à un arrêt de fonctionnement de l'appareil étatique comme en 2013. On croyait qu'il ne s'agirait que d'une formalité, car les républicains contrôlent à la fois la Maison-Blanche et le Congrès. Mais ce n'est plus le cas, et il pourrait être ardu d'en arriver à une entente, croit Krishen Rangasamy, économiste principal à la Financière Banque Nationale.. «Le climat toxique qui existe sur la scène politique actuellement ne permet pas de croire qu'une fermeture du gouvernement soit impossible», dit-il.

Enfin, le président devra nommer un successeur à Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), dont le mandat vient à échéance au début de l'année prochaine. Trump a déjà commis plusieurs erreurs en procédant à des nominations importantes. «Les conséquences sur les marchés pourraient être énormes si la nomination à la Fed ne plaisait par aux participants», dit François Dupuis.

Ce qui n'est pas rassurant, c'est que le président ne cesse d'accumuler les bourdes, et tout indique que cela ne cessera pas, selon Zanny Minton Beddoes, éditeur en chef du réputé magazine The Economist. «Son incapacité à voir plus loin que sa propre personne suggère qu'il n'a pas le caractère pour changer», écrit-il en guise d'introduction à la une de la dernière parution du magazine.