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La stratégie de développement et de croissance canadienne du Mouvement Desjardins se base sur trois axes, soit la gestion de patrimoine, le secteur des modes de paiement et l'assurance de dommages, selon son président et chef de la direction, Guy Cormier.

C'est le secteur de l'assurance de dommages qui sera le vaisseau amiral de la coopérative, troisième assureur en importance dans ce domaine au Canada sur la base des primes brutes souscrites. Guy Cormier est convaincu que ce marché poursuivra sa consolidation dans les deux prochaines années.


«Nous voulons faire partie de cette consolidation et nous voulons être un acquéreur, dit-il. Nous sommes en mode achat dans tout le Canada.»

À cela s'ajoute un quatrième axe transversal qui touchera l'implication de l'institution financière dans les fintechs et, plus particulièrement, dans les insurtechs.

«Prise de participation et acquisitions, tout cela fait partie de notre plan d'action», indique Guy Cormier.

Desjardins héberge d'ailleurs actuellement des fintechs dans ses locaux, où, pour une période de trois mois, ces jeunes pousses peuvent se développer, utiliser des ressources de la coopérative et tester leurs produits.

«Nous voulons les mettre en contact avec nos équipes d'innovation, souligne Guy Cormier. Souvent, ces start-up veulent travailler avec des bases de données, elles veulent tester leur système et prototyper leurs outils. Nous en avons de la donnée ici, évidemment confidentielle, mais nous sommes capables de les aider.»

Desjardins a également formé un partenariat avec la Caisse de dépôt et placement du Québec pour la création d'un fonds de 50 M$ consacré aux entreprises naissantes en technologies financières.

Révolution numérique financière

Desjardins ne veut pas rater l'occasion de la transformation numérique que connaît actuellement l'industrie des services financiers.

«Ce contexte nous force à mettre sur la table les produits dont les membres ont besoin, dit Guy Cormier. Les gens sont aujourd'hui dans un monde d'instantanéité, ils n'ont pas le temps d'attendre, c'est à nous de trouver une offre de services qui marie bien l'humain et la technologie.»

C'est dans cette optique que l'institution financière a ouvert un deuxième laboratoire d'innovation en décembre 2017, nommé Desjardins Lab, à Lévis.

La présence de nombreux assureurs dans la région de Québec a fait de Lévis un choix logique pour l'ouverture de ce nouveau centre, qui se concentrera davantage sur les technologies financières liées au secteur de l'assurance.

«J'ai envie que notre assureur vie chez Desjardins soit plus innovant, qu'il soit un leader de l'innovation au Canada», souligne Guy Cormier.

Concrètement, la coopérative s'intéresse à la biométrie pour mesurer certains aspects liés aux polices d'assurance vie des assurés.

Contrairement à l'assurance de dommages, qui se sert de l'analyse des habitudes d'utilisation pour justifier les coûts d'une police, technique qui fait partie du paysage depuis plusieurs années, le recours à de la biométrie en assurance vie soulève certaines questions éthiques auprès des clients.

«Nous sommes prudents, mais nous pensons que cela pourrait créer de la valeur ajoutée, notamment pour l'utilisation de la technologie pour nos groupes», dit-il.

Révision réglementaire appropriée

L'année 2017 a été chargée sur le plan de l'innovation pour Desjardins, mais également sur celui de la réglementation. L'institution financière a d'ailleurs été mise sur la sellette depuis le dépôt du projet de loi 141 sur la réforme de l'encadrement du secteur financier au Québec.

Guy Cormier répond à ses détracteurs qui croient que ce projet de loi 141 est le projet de loi «Desjardins».

«Le projet de loi, ce ne sont pas des demandes de Desjardins, souligne-t-il. Nous ne nous levons pas le matin en disant : "C'est comme ça que va marcher, le monde financier au Québec". Nous écoutons nos membres, nous les écoutons depuis les dernières années, et nos membres qui consomment des services financiers, ce sont les mêmes membres qui veulent Uber, ce sont les mêmes qui consomment du cinéma différemment, ce sont les mêmes qui consomment les technologies. Nous, ce qu'on dit au gouvernement, c'est qu'il faut adapter nos réglementations, il faut adapter notre système financier en conséquence.»

Par rapport au fait que le projet de loi 141 prévoit l'intégration de la Chambre de la sécurité financière (CSF) au sein de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Guy Cormier croit que le système proposé sera plus simple pour le citoyen.

«Nous avons réussi à intégrer des choses à l'AMF dans les 10 dernières années et ça a bien fonctionné. Il reste les deux chambres à intégrer. L'AMF va mettre en place les mêmes mesures que les chambres avaient, mais on va aller chercher des synergies», soutient-il.