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Financière CI a annoncé en août la conclusion d'une entente visant à acquérir Sentry Investissements pour la somme de 780 M$. Si cette transaction est sensée, le prix de vente laisse certains observateurs perplexes.

C'est le cas de Jean Morissette, consultant, ancien président de Services financiers Partenaires Cartier et ex-associé fondateur de Talvest. La valeur de la transaction l'a surpris : «On parle d'environ 4 % des actifs comparativement à des multiples de 6 ou 7 % pour des transactions plutôt récentes, ce qui est relativement peu élevé. Je ne connais pas suffisamment Sentry pour cibler la raison, mais ce n'est pas cher pour acquérir un gros bloc d'actif comme celui-ci.»


Le modèle d'affaires des manufacturiers de fonds communs de placement (FCP) est mis au défi (voir le texte ci-dessous). D'abord, les ventes nettes de fonds négociés en Bourse (FNB) continuent à gruger des parts de marché aux ventes nettes de FCP.

Pour les six premiers mois de 2017, les ventes nettes de FNB cotés à une Bourse canadienne s'élevaient à 15,3 G$, ce qui représente pratiquement la moitié (49,1 %) de celles de fonds communs. Durant cette période, les ventes de FCP se chiffraient à 31,2 G$. En comparaison, pour l'ensemble de l'année 2014, les ventes nettes de FNB ne représentaient que 18 % de celles des FCP.

Ensuite, une abolition possible des commissions intégrées accélère les changements dans les pratiques de rémunération des conseillers, qui pourraient changer le modèle d'affaires de la distribution et celui des manufacturiers.

Selon Jean Morissette, la réglementation «change sans arrêt et complique tout de façon importante». Il est d'avis qu'il est de plus en plus complexe et risqué d'effectuer des acquisitions, ce qui pourrait expliquer le prix de la transaction.

D'après Jean Morissette, ces changements risquent de favoriser «beaucoup les réseaux de conseillers captifs des banques et autres institutions, au détriment de certains indépendants qui pourraient avoir plus de difficulté à accéder à des réseaux de distribution».

Par ailleurs, plus tôt cette année, Sentry et son ancien chef de la direction Sean Driscoll ont accepté de payer une amende de 1,5 M$, dans un règlement avec la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario qui concerne des allégations selon lesquelles Sentry aurait violé la règle des pratiques de vente de fonds communs de placement.

Il reste que ce prix de vente pourrait déclencher une vague de consolidation, selon Jean Morissette : «Constater que ça coûte peut-être de 30 à 40 % moins cher qu'il y a quelques années incitera peut-être des acteurs à aiguiser de nouveau leur crayon.»

Acquisition sensée

L'achat de Sentry «amène une certaine diversification à la Financière CI, à la fois en matière de produits, de mandats de gestion et de réseau de distribution. Cette transaction a beaucoup de sens», estime Jean Morissette.

Il connaît bien la Financière CI, avec qui il a entretenu des liens d'affaires à l'époque de Services financiers Partenaires Cartier. Il estime que pour réussir une acquisition, il faut être suffisamment efficace pour générer des économies d'échelle à court terme, et CI possède les atouts requis pour tirer le meilleur parti de cette transaction.

«Financière CI possède une plateforme vraiment efficace, qui compte parmi les meilleures de l'industrie et qui sera en mesure de prendre du volume», dit Jean Morissette. Selon lui, cette efficacité permettra à la Financière CI d'augmenter ses revenus, ce qui n'aurait pas nécessairement été le cas si Sentry avait été achetée par d'autres firmes.

Sentry, qui gère une gamme de plus de 45 fonds communs de placement et d'autres solutions d'investissement, s'établissait au 15e rang des plus importantes familles de fonds communs au Canada à la fin de 2016, avec un actif de 18,2 G$ en fonds communs, selon un rapport d'Investor Economics. Son actif sous gestion en fonds communs a connu un taux de croissance annualisé de 14,3 % sur une période de trois ans se terminant en décembre 2016.

À la fin de décembre 2016, Sentry affichait une part de marché canadienne en fonds communs de 1,3 %, alors que celle-ci ne s'établissait qu'à 0,7 % à la fin de 2011, selon Investor Economics. De la fin 2011 à la fin 2016, l'actif géré en fonds communs de Sentry est passé de 5,7 à 18,2 G$.

Au 31 juillet 2017, l'actif sous gestion de Sentry était évalué à environ 19,1 G$. La transaction augmentera l'actif sous gestion de la Financière CI de 16 %, celui-ci passant de 120,4 G$ à environ 140 G$. Les actifs totaux de la Financière CI, y compris les actifs sous gestion et les actifs conseillés, s'élèveront à environ 180 G$.

Financière CI a montré dans le passé sa capacité à intégrer ses acquisitions sans les dénaturer, mentionne Jean Morissette. Elle a d'ailleurs confirmé que, à la conclusion de l'acquisition, Sentry restera une marque indépendante.