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ZONE EXPERTS - Le Gouverneur de la Banque du Canada (BdC), Stephen Poloz, a de nouveau surpris les marchés, il y a deux semaines, en annonçant que la hausse importante de création d'emplois le menait à augmenter les taux d'intérêt. Cette affirmation a contribué à faire augmenter en flèche les taux obligataires et le dollar canadien. Au final, il a officiellement annoncé, le 12 juillet dernier, la première augmentation du taux directeur depuis 2010.



Le communiqué émis par la Banque du Canada indique étonnamment que celle-ci a procédé à l'augmentation du taux, malgré son anticipation d'une baisse de l'activité économique de 2.8% cette année, de 2.0% en 2018 et de 1.6% en 2019. La BdC indique aussi clairement que l'inflation a reculé, qu'elle s'attend à ce que celle-ci retourne à son niveau cible en milieu de 2018, et qu'elle ne voit pas de pressions inflationnistes à l'horizon. Alors... puisque la Banque n'anticipe pas de pressions inflationnistes tout en prévoyant d'ores et déjà un ralentissement économique au cours des prochaines années, pourquoi donc a-t-elle haussé le taux directeur ?

Est-ce vraiment en raison des données sur les emplois créés ? Ces emplois ayant principalement été créés au Québec et en Ontario, leur création s'explique grandement par le fait que le dollar canadien a chuté au fil des 18 derniers mois. Une augmentation de taux soutiendra une hausse du dollar canadien, qui a d'ailleurs été propulsé jusqu'à 79 cents à la suite des discours et de l'annonce. Ironiquement, cette hausse du dollar canadien risque maintenant de « menacer » ces emplois nouvellement créés. Bref, cette hausse du taux directeur est une erreur de politique monétaire, à notre humble avis.

À la suite de notre analyse, nous jugeons cette décision irresponsable et risquant fort de provoquer une récession au Canada d'ici 6 à 18 mois. Surtout si de nouvelles hausses suivent celle-ci. Une telle récession sera synonyme d'une nouvelle vague de baisse de taux.

Plusieurs problèmes sont présents en ce moment au Canada, notamment:

• Le taux d'endettement des particuliers est très élevé. Celui-ci ne cesse d'augmenter et frôle actuellement le 170% per capita, ce qui est astronomique! L'augmentation des taux fera en sorte que le service de la dette sera plus difficile à maintenir, ce qui aura un impact direct sur la consommation des Canadiens.

• Les nouveaux critères de qualification hypothécaire, tels que modifiés en novembre dernier, forceront les Canadiens à payer plus cher pour leur hypothèque au moment du renouvellement. Cela se traduira par une baisse de la consommation et/ou une baisse d'activité dans le secteur de l'immobilier, qui représente le plus important actif pour la plupart des Canadiens. Cela diminuera la confiance des Canadiens en l'avenir, et les rendra plus frileux, un facteur qui à lui seul pourrait mener l'économie en récession.

• Bien que le prix du pétrole se soit stabilisé, les provinces de l'Alberta et de la Saskatchewan ressentent encore les effets de la récession.

• Tel que mentionné précédemment, la création d'emplois en Ontario et au Québec sera grandement affectée si la valeur du dollar canadien augmente et/ou demeure élevée. Nous pourrions également être très affectés, par exemple, par les tarifs imposés par le président américain Donald Trump sur nos exportations.

• De plus, le 15 juin dernier, une nouvelle loi a été adoptée par le gouvernement du Québec. Cette loi vise principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et à ce titre, à augmenter leur autonomie et leurs pouvoirs. Par conséquent, à compter du 1er janvier 2018, les municipalités pourront aussi imposer de nouvelles taxes municipales sur leur territoire, ainsi que des redevances réglementaires.

Le plan d'infrastructure annoncé par le Premier ministre du Canada pourrait peut-être contrer tous ces facteurs et contribuer à la croissance de l'économie. Toutefois, nous craignons qu'il ne soit trop tard. Si notre analyse de la situation s'avère juste, la Banque du Canada sera forcée de renverser sa politique et de baisser à nouveau les taux.

À la suite de l'augmentation des taux obligataires, les taux hypothécaires fixes ont continué leur ascension et nous anticipons qu'ils augmenteront davantage. Les taux hypothécaires variables ont pour leur part crûs de 0.25% après l'annonce de la BdC. L'écart a alors augmenté entre les taux fixes et variables.

Étant donné que nous croyons que l'augmentation récente du taux d'escompte est une erreur de politique monétaire et que ce taux diminuera dans le futur, nous continuions à favoriser une approche de taux variable pour le moment.

La gestion du passif fait partie intégrante de la situation financière du client et représente parfois même « la » plus grande part de celle-ci. Il est donc primordial de confier le tout à un professionnel objectif qui saura bien guider votre client et pourra s'assurer que celui-ci comprenne bien la situation. Après tout, la gestion du passif n'est-elle pas tout aussi importante que celle des actifs?